Jimmy Garoppolo et les Patriots, de l’importance d’avoir le bon quarterback

Retour en arrière de quelques années. Quand les Patriots décident de drafter Jimmy Garoppolo en 2014, avec leur choix du 2e tour (62e de la draft), les Patriots sont dans la situation suivante au poste de QB: Tom Brady, titulaire depuis 2001 (13 saisons) va avoir 36 ans et a signé une prolongation de contrat de 3 ans l’année précédente. Son backup est Ryan Mallett, drafté au 3e tour en 2011, qui entame la dernière année de son contrat rookie. Derrière lui, personne. Tebow avait été signé début 2013 mais logiquement viré après la présaison. Il y a donc un besoin à ce poste si l’équipe veut prévoir un problème éventuel durant la saison, et/ou simplement prévoir l’avenir à moyen terme.

La saison a été longue (AFC Championship perdu à Denver) et fatigante pour Brady (sacké 40 fois!). Statistiquement, il a vécu l’une de ses plus mauvaises saisons (87.9 de QB rating) mais a du faire face aux blessures et aux multiples absences autour de lui en attaque (nouveaux WR, Gronk blessé, Hernandez en prison, OL vieillissante). Ce ne sont pas des excuses, c’est le contexte. L’attaque des Patriots entame alors sa mue, de la même manière que la défense a commencé la sienne en 2012 après le 2e Super Bowl perdu face au Giants.
Comme toujours Bill Belichick, coach/GM des Patriots essaye prévoir les choses à l’avance, surtout au poste de QB. Comme il le dit lui même :

C’est une draft plutôt médiocre pour les QB, pour la 2e année consécutive. Et pourtant, le 1er tour de la draft voit 3 QB sélectionnés : Bortles (3), Manziel (22) et Bridgewater (32). Pour quel succès… Parfois, il vaut mieux ne pas forcer un pick, même sur un QB. La preuve en est avec les Raiders qui prennent Carr (36) en début de 2e tour après avoir pris l’excellent OLB Mack au 1er.
Et puis jusqu’au choix des Patriots, plus de QB sélectionnés. En même temps, restent disponibles : Thomas, Savage, Murray, McCarron, Mettenberger, Fales, Wenning, Boyd, Gilbert et… Garoppolo QB issu de la fac FCS de Eastern Illinois (2e division NCAA).

La draft n’est pas un processus parfait, sinon cela serait trop simple et les « mauvaises équipes » pourraient plus facilement se redresser et devenir compétitive. Mais quand les Patriots choisissent Jimmy Garoppolo en 2014, ils ont un plan en tête. Avec Tom Brady dans l’équipe, Ryan Mallett encore sous contrat pour un an, il n’aura pas à jouer tout de suite, pourra s’adapter au rythme plus élevé de la NFL et apprendre à diriger l’attaque avec une structure stable autour de lui (OC Josh McDaniels, etc).

Alors pourquoi Garoppolo et pas un autre QB ?

Tout d’abord, parce qu’il a plusieurs traits caractéristiques qui en font le type de QB que Belichick et les Patriots recherchent: quick release (capacité à lancer le ballon rapidement), un bon footwork (pour être constant et équilibré dans son timing), l’accuracy (précison) et le football IQ (il est capable de comprendre son attaque, et évoulait dans un système shotgun similaire à celui des Patriots (passes courtes et intermédiaires privilégiées, lecture de la défense pour trouver le meilleur matchup et faire le meilleur choix). Enfin, Garoppolo répond aux standards du pocket passer moderne (6’2 / 220), même s’il est dans la fourchette basse pour les Pats (http://draftbreakdown.com/players/jimmy-garoppolo/).
Avec Garoppolo, l’équipe a désormais un plan/projet à faible coût pour les 4 années à venir et une solution interne si un problème survient, évitant le recours à un vétéran non familier avec l’attaque et forcément plus couteux (car en position de force dans la négociation).

Jimmy découvre la NFL

Il s’est passé beaucoup de choses depuis la draft 2014. Tout d’abord, dès l’été 2014 et le training camp Garoppolo et Mallett sont en compétition pour la poste de backup. Après avoir eu du mal en entrainements (http://nesn.com/2014/07/patriots-training-camp-observations-jimmy-garoppolo-struggles/), il prend petit à petit le meilleur lors des matchs de pré saison (http://www.espn.com/nfl/story/_/id/11407011/new-england-patriots-start-jimmy-garoppolo-preseason-finale). Quand les Texans proposent un échange pour Mallett, les Patriots n’hésitent pas et au début de la saison 2014, le rookie Garoppolo est le backup de Brady, sans que les Pats ne prennent un 3e QB. Là encore, preuve de confiance.
Alors que le début de saison des Pats est mauvais, défaite d’entrée à Miami, puis grosse défaite en MNF à Kansas City (2-2 après le W4), Garoppolo en profite pour disputer ses premières minutes alors que Brady est mis sur le banc en raison de la défaite assurée. Il se débrouille plutôt bien (http://www.espn.com/nfl/game?gameId=400554325) mais le match n’a plus vraiment d’enjeu.
Alors que les questions les plus stupides affluent sur le niveau de Brady (https://youtu.be/WFuffcVDKKg), Belichick garde son calme car il sait que c’est l’attaque dans son ensemble qui en difficulté. Cette saison, les Patriots terminent champions pour la 4e fois et Garoppolo apprend patiemment derrière Brady, dirigeant la scout team parfaitement pour préparer la défense aux QB adverses.
En 2015, même chose. Malgré le Deflategate et autres distractions suite à la victoire au Super Bowl, Garoppolo continue d’apprendre et se tient prêt. Puis vient le printemps 2016 et la sanction de 4 matchs de suspension pour Brady. Garoppolo va jouer les 4 premiers matchs de la saison dont un déplacement en W1 chez les Arizona Cardinals où on lui promet les pires difficultés (http://www.si.com/nfl/2016/07/13/patriots-schedule-tom-brady-news-suspended-deflategate). Résultat : deux victoires pour Garoppolo face aux Cardinals et aux Dolphins (http://insidethepylon.com/nfl/teams-nfl/afc-east/new-england-patriots/2016/09/15/jimmy-garoppolos-debut-against-the-arizona-cardinals/) contre qui il se blesse à l’épaule.

Encore une fois, Bill Belichick a un coup d’avance

Conscient qu’avec une suspension éventuelle de Brady et l’inexpérience de Garoppolo, la situation au poste de QB pouvait devenir un problème. Belichick a utilisé la draft pour trouver une solution efficace à court terme. Au 3e tour, les Patriots prennent Jacoby Brissett, passé par NC State mais surtout recruté par Charlie Weis (ancien OC des Pats) et recommandé/coaché par Bill Parcells, mentor de Belichick depuis les années 80/90 (Giants, Jets, Patriots).
Pour les deux derniers matchs, Brissett dirige donc l’attaque et même s’il a du succès contre les Texans, on peut voir que les Patriots ne peuvent pas jouer avec lui comme avec Brady ou Garoppolo avec l’ensemble du playbook et sont obligés de recourir à des options peu conventionnelles.

Contre les Bills au match suivant, c’est encore plus flagrant (peu importe la défaite, le contenu était mauvais de toute façon). Mais les Patriots sont à 3-1 sans Brady car le système et la struture mise en place par Belichick et les Patriots fonctionne. C’est un tout, system-QB n’est pas une insulte même si l’expression est souvent utilisée dans ce sens. Un bon système augmentera la performance d’un QB et lui permettra d’exprimer son potentiel au meilleur niveau. C’est sur la durée que l’on peut juger si un QB est bon. D’ailleurs il n’y a pas de mauvais QB, il n’y a que des mauvaises structures, des mauvais systèmes. S’il y a aussi peu de bons quarterbacks qui sortent des rangs du College Football depuis plus de dix ans, c’est surtout parce que la course contre la montre aux résultats à forcer à une simplifications des attaques et à une prise de décisions minimum pour les QB. La Spread Offense n’est pas la seule responsable, ajoutez à ça la valse incessante des coaches et les changements de systèmes trop fréquents et vous obtenez des athlètes plus que des QB, car ils ne sont pas assez prêts à ce qui les attends en CFB et encore moins en NFL.

La valeur de Garoppolo aujourd’hui

Aujourd’hui en 2017, Garoppolo entre dans la dernière année de son contrat rookie. Les Patriots sont donc dans la situation suivante : le garder ou l’échanger. Le choix est binaire.
Au sein des Patriots, l’opinion est que Garoppolo est capable d’être le titulaire si Brady ne peut pas jouer, il l’a montré de manière limitée, mais il l’a montré. Brady vient de gagner son 5e Super Bowl à bientôt 39 ans avec sa meilleure fiche statistique (112.2) depuis 2007 (son pic : 117.2) et entre dans sa 18e saison pro. Il est sous contrat jusqu’en 2019, donc pour encore 3 saisons.
Mais le temps est l’ennemi de n’importe quel sportif, regardez P. Manning. Et même si Brady n’a été blessé gravement qu’une seule fois (en 2008), qui sait ce qui peut arriver d’ici quelques semaines/mois.
Comme à chaque fois les Patriots écoutent les offres, mais sont conscients du marché (peu de bons QB dispos  = prix élevé en échange, cf Bradford aux Vikings pour un 1er tour) et de la valeur de Garoppolo pour l’équipe. Donc il est parfaitement compréhensible que les Patriots demandent beaucoup. Ils sont en position de force car ils ne sont pas obligés de se séparer de Garoppolo. Si une équipe le veut vraiment, elle devra mettre le prix, sans doute minimum un 1er tour ou alors l’équivalent sur plusieurs tours/années, de manière à compenser le risque pris par les Patriots à se séparer de Garoppolo.
Encore une fois, si les Patriots veulent garder Garoppolo jusqu’en 2018 ils le feront. Dans le pire des cas, en 2018 il y aura sans doute une équipe qui lui offrira un contrat qui permettra de récupérer un 3e tour compensatoire et Brissett aura suffisamment d’expérience pour être un bon backup jusqu’en 2019 (dernière année de son contrat rookie), au mieux les Patriots placeront le franchise tag sur Garoppolo et le garderont un an de plus en garantie. Et cela ne leur interdira pas de le prolonger si les deux parties sont d’accord. Brady a dit vouloir continuer à jouer au delà de 40 ans, mais seuls ceux qui sont assez haut en interne aux Patriots (Belichick, Caserio, Kraft) savent ce que cela veut réellement dire. Ajoutez à ça le fait que Brady et Garoppolo ont le même agent (Don Yee), les intérêts sont partagés. Garoppolo veut jouer bien sûr, mais qui sait ce qui peut se passer d’ici là, personne donc Belichick protège son équipe du mieux qu’il peut le faire.

C’est un autre moyen de pression des Pats sur les autres équipes :  si vous voulez vraiment Garoppolo, soyez prêts à mettre le prix demandé car les Patriots peuvent le garder.

Publicités

Publié le 2 mars 2017, dans Bilans, News, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :